Zags

Danse - La Forteresse





Dimanche 9 septembre, 20h30
Ma petite troupe, mes enfants, vont revenir avec leur papa de la campagne. La maison est encore silencieuse. J'attends la douce explosion de leurs voix mêlées, de leurs cavalcades; dernières salves avant de céder au sommeil. Demain, c'est l'école...
 

Mardi 11 septembre, 17h
Je regarde hébétée les images des attentats aux Etats-Unis. C'est une pure horreur. Tout. Les milliers de morts. Les fous qui méprisent assez la vie pour sacrifier la leur et celles des autres pour "la cause". Les images de liesse au Proche-Orient. Comment peut-on se réjouir de la mort de milliers de gens, même si on les considère comme l'Ennemi? Rien, absolument rien ne peut justifier cette joie obscène. Qu'ils la cachent au moins, s'ils la ressentent... J'ai envie de vomir, de demander pardon à toutes les victimes, pardon pour la toile de folie dans laquelle nous sommes tous plus ou moins pris. Je dois aller chercher mes enfants à l'école et je ne sais pas comment je vais arriver à leur sourire.
 

Vendredi 14 septembre, 17h
J'ai retrouvé un poème de jeunesse, écrit à cet âge où l'on est volontiers sombre. Il colle hélas à l'atmosphère du moment:

Là-bas, ici, ailleurs

Un jour d'hiver on se réveille vide comme d'une agonie
et l'on voudrait
courir vers le soleil, là-bas
pour attraper le temps
courir vers la lumière
pour se mêler au vent
courir vers la douceur
pour qu'elle panse nos plaies
courir vers le bonheur
pour aimer ce qu'on est

Mais il y a du bruit dehors et la vie hurle la vérité
Il faut
revenir au ciment, ici
sans être épanoui
revenir aux déments
sans les avoir compris
revenir à la nuit
sans trouver son chemin
revenir à l'ennui
sans rêver son destin

Alors le froid se glisse entre les songes qui se tordent
et l'on pense à
mourir un peu, ailleurs
Au moins jusqu'à demain
mourir si l'on veut
et tuer le chagrin
mourir pour sourire
et vivre de ses rêves
mourir pour mourir
et que vienne la trêve

                             1984
 

Dimanche 11 novembre, 11h

Encore un poème d'adolescence, puis celui qu'il a inspiré à Christophe Leroy

Le lit

Il porte la trace de ses rêves
et devient dans le noir une prison trop étroite
pour les histoires qu'elle se raconte
Dans ce lit de solitude fragile,
l'insomnie guette son coeur traqué.
Elle traverse des nuits de cauchemars aux yeux ouverts
pour trouver enfin un sommeil épuisé.
Dehors, une aube triste, un soleil morne...
Endormie pour un instant, pour une heure,
elle peut fuir le jour sans bonheur
le temps de l'étreinte des draps
encore mouillés de larmes, froissés d'errances
étreinte tendre et enfantine
où elle oublie que son éveil aura la cruauté du vide
Elle oublie que cette nuit, comme les autres nuits
elle s'est souvenue de lui
Elle dort une heure sans rêve
accrochée à ce même lit défait
où dans un passé trop proche
elle était deux, et amour et bonheur
Et ce lit était alors l'abri, le berceau des secrets
la chaleur de la nuit ou la folie du jour,
le navire de la découverte
le théâtre des violences douces.
Déjà, ils s'endormaient à l'aube
mais épanouis, l'un se nouant à l'autre
pour partager aussi les rêves.
Ils ne dormaient que pour mieux s'aimer au réveil
et s'offrir leur premier sourire du jour,
leurs mains aussitôt se cherchant, se trouvant toujours.
Mais ce matin lorsqu'elle ouvre les yeux
pensant qu'il fait de plus en plus froid
sa main ne cherche que le bouton du réveil
qu'elle fait taire...

1983 


Elle lisait “le lit “

Tout en lisant les mots ,elle paressait songeuse
Elle tenait haut la feuille,
A hauteur des seins
Baissait un peu les yeux
S’imprégnant du poème
Elle lut assez vite pour la première fois
D’un souffle vif et court
En grossesse avancée
Elle souriait
D’un sourire léger comme rêveur et tendre
Puis ,en prenant son temps
Elle relut encore
D’un regard apaisé
La main gauche posée
Sur le flanc de son ventre
Le majeur et l’index caressaient la rondeur
Puis bientôt l’annulaire se joignit à la danse
Le plaisir des mots et l’enfant attendu
éclairaient son visage
En plénitude douce des lendemains tranquilles

Christophe Leroy


 

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