
Grandeur et dégringolade de Lili Riviera, ex-star du porno mondialement connue pour ses avantages mammaires hors normes : son enfance confinée dans la respectabilité rancie, son adolescence violemment travaillée au corps, sa jeunesse confisquée par divers amants intéressés par le parti financier qu'ils espèrent tirer de l'exhibition de ses appâts spectaculaires, la gloire de pacotille sur des podiums éclairés par le jour cru des projecteurs, les opérations chirurgicales qui en font bientôt une monstresse fellinienne, la déchéance… attendue, désirée presque…
Carole Zalberg (Les Mémoires d’un arbre,
Le cherche midi, 2002 ; Chez eux, Phébus, 2004) ne cache
pas qu’elle s’est inspirée ici d’un fait divers qui avait défrayé
la chronique il y a quelques années : « A chaque apparition
de ce phénomène, je me sentais partagée entre une
répulsion effarée et un sourd mais obsédant sentiment
de compassion : cette créature avait été autrefois
une gamine bercée de rêves ; une petite fille souffrait dans
la prison de ce corps difforme, cherchait à s’évader, quêtait
l’amour… J’aurais pu en faire un reportage à ma façon, mener
mon enquête sur la vie du personnage réel qui m’avait fascinée.
J’ai préféré rester dans le registre où je
me sens le plus à l’aise : celui de la fiction. A part les seins
et les traits excessifs, j’ai tout inventé de Lili : son enfance,
ses parents, ses rencontres, ses amants, sa splendeur et sa chute. Est-elle
moins vraie pour cela ? Ce n’est plus à moi de le dire.»