C'était un mardi après-midi de mars.
Je devais recevoir chez moi des élèves de Terminale venus
de Belgique.
Leur professeur, Daniel Charneux
,
un homme animé par l'amour des livres et un intérêt
discret mais sincère pour l'Autre, les accompagnait.
Ils avaient lu Chez eux. J'ignorais ce
qu'ils en avaient pensé mais ils étaient là pour en
parler... J'étais à la fois joyeuse et un peu anxieuse à
l'idée que le courant ne passe pas, qu'ils soient déçus,
ou s'ennuient, ou n'aient rien à dire.
Et puis je leur ai ouvert la porte et quand ils
m'ont dit "bonjour" les uns après les autres du haut de leurs grands
corps d'enfants mûrs, ou de jeunes adultes, certains avec un rire
dans la voix, d'autres avec une gravité bouleversante, j'ai su que
je n'oublierais pas ce moment.
Au début, ils étaient un peu embarrassés,
soucieux de bien se tenir.
Chacun
cherchait sa place et le ton juste. Nous nous observions sans en avoir
l'air.
Beaucoup de choses furent dites. Importantes,
futiles, intimes, légères. Une palette colorée et
vibrante de paroles, à l'image du chatoyant portrait de groupe que
nous formions.
A la fin, j'ai eu l'impression de devoir dire "au
revoir" à des nièces et neveux que je verrais trop rarement. 

Deux jours plus tard, j'ai reçu ça.....